Le maire de La Tranche se croit-il au-dessus du 1er ministre ? : les faits et les fake news…

Retour sur les premiers épisodes de la lutte contre la propagation de l’épidémie de coronavirus. Et notamment sur ce fameux samedi 14 mars, quand à 19h30, le premier ministre, en direct à la télévision, ordonne la fermeture de tous les commerces non essentiels à minuit et jusqu’à nouvel ordre. Tandis que, ce soir-là, les Français prennent véritablement conscience de la gravité de la situation et réalisent ce qui les attend… Serge Kubryk, le maire de La Tranche-sur-Mer, lui, en cette veille d’élection municipale, s’est montré plus relax, à en croire le message publié vers 21h par l’Union des professionnels tranchais (Upt) sur sa page Facebook : « Nous venons de voir Mr le maire qui autorise l’ouverture de tous les établissements demain. La fermeture devrait être officielle lundi. »

Si la version du maire est légèrement différente, elle n’en est pas moins surprenante : « Suite à l’annonce du gouvernement, j’ai reçu l’appel d’un restaurateur qui me questionnait sur la possibilité ou non d’ouvrir au moins le lendemain dimanche pour honorer ses réservations. Je suis allé en mairie pour vérifier si j’avais reçu un décret officiel, je n’avais rien. Je suis donc allé voir ce restaurateur ainsi que les trois autres établissements voisins pour leur dire qu’à l’heure où je leur parlais, je ne savais pas quoi leur répondre, outre le fait que je n’avais aucune instruction officielle et que je ne pouvais donc pas leur interdire d’ouvrir. » Pas « d’instruction officielle »… si ce n’est la parole du premier ministre devant la France entière ! La meilleure des réponses aurait certainement été de s’en tenir là, plutôt que d’entretenir le doute. Le maire, lui, explique s’être placé « d’un point de vue juridique », d’ailleurs, « le décret n’est bien paru au Journal Officiel que le lundi », insiste-t-il.
Toujours est-il que, ce soir-là, un arrêté préfectoral en bonne et due forme est finalement tombé une heure et demi plus tard. Et contrairement à ce qui est dit, Serge Kubryk, dès lors, a bien pris la peine de démentir son discours tenu un peu plus tôt chez les restaurateurs. Certes, le maire n’a pas rappelé directement ceux qu’il avait visités. Mais il a contacté le président de l’Upt pour lui demander « de communiquer sur l’obligation de fermer dès minuit et ainsi mettre fin au débat sur une possible ouverture le lendemain », nous confirme ce dernier.

Ainsi, l’Upt, quelques dizaines de minutes avant l’heure fatidique des douze coups de minuit, sur sa page Facebook, a supprimé le message relayant les consignes verbales du maire pour le remplacer par un autre actant du caractère officiel et incontournable des consignes gouvernementales. Et celles-ci ont bel et bien été respectées. Contrairement aux rumeurs qui circulent, aucun restaurant, le lendemain matin, n’a été fermé par les forces de l’ordre ; seule une boutique de produits régionaux, vendant y compris des produits alimentaires et qui pensait donc ne pas être concernée par la mesure, s’est vue interdite d’ouverture car jugée non essentielle. Une scène qui a suffi à faire fermer la porte du seul restaurateur qui l’avait ouverte… Pas d’incident, donc, lié au discours permissif tenu la veille par le premier magistrat. Il faut dire que les gendarmes en avaient été alertés et que, du coup, ils veillaient au grain…

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